De quoi le Mouvement Lycéen est-il le nom ?

Pas de nom, pas d’impact. Assez Lycée ! C’eût été un nom possible. Faute d’avoir porté un nom plus mémorable, le mouvement lycéen de cette rentrée finira aux oubliettes. Il rejoindra la cohorte des manifestations qui ont jalonné notre histoire sociale.

Ce qui n’a pas de nom n’existe pas, c’est une loi immuable de la communication. Pour qu’un mouvement trouve un écho plus grand, il faut qu’on ait envie de crier son nom. Mouvement lycéen, Mobilisation lycéenne, Colère lycéenne, ce sont des gros titres de journaux, pas des noms de révoltes.

Un mouvement qui fait date se caractérise par quatre critères : un lieu symbolique, un signe de reconnaissance, une cause identifiable et le nom qui l’incarne. À cet égard, le mouvement des gilets jaunes remplissait toutes les cases. Les ronds-points, la lutte contre la hausse des carburants… et les célèbres gilets jaunes, l’uniforme que le monde entier a retenu.

À l’étranger il existe des exemples de mouvements étudiants dont les noms ont marqué la mémoire collective. Je pense à « La révolution des pingouins » au Chili en 2006 qui faisait référence aux uniformes scolaires. À celui de 2020 en Thaïlande, que les jeunes avaient appelé ironiquement « Bad Student » (mauvais élèves) parce qu’ils refusaient l’obéissance aveugle, les humiliations et l’autoritarisme à l’école. Ou encore au « Parti des cafards » lancé par des étudiants indiens en mai dernier.

Je doute que dans cent ans, on parle d’Octobre 26 comme on parle aujourd’hui de Mai 68. L’histoire sera frappée d’amnésie. À une autre échelle, les mouvements qui resteront dans les mémoires le devront en partie à leurs noms : la révolution des parapluies à Hong Kong en 2014, « Black Lives Matter » en 2013 ou encore « Femme, vie, liberté » en Iran en 2022.

La créativité n’a pas été au rendez-vous. Pourtant sur les thèmes du manque de professeurs, des cours non remplacés, des classes surchargées, des bâtiments dégradés et des inquiétudes liées à Parcoursup, les sujets ne manquaient pas.

MDL (Mouvement Des Lycéens) sonnait trop MDR. Mais Ras-l’école, Lycée délaissé, Fluctur, Cours toujours, ParcoursDupe, Écolère, C’est mon lycée, Les déclassés, Éducassez ! Sur le banc, No turfu, Assez Lycée… Il y avait la place pour un nom qui interpelle davantage. En fait, avant de lancer un mouvement, il faudrait d’abord réfléchir à lui trouver un nom.

Ce n’est pas le nom du mouvement que l’on retiendra mais les prénoms des nouvelles figures apparues dans les médias (Elwan, Riyad, Nathanaël, Sabrine, Louise) ainsi que des mots ressortis fréquemment dans le débat public et sur les réseaux sociaux : blocus, casseur-payeur et bien sûr, aura !